Publié le 22 février 2012

Un pacte pour la santé publique

En 2012, le Conseil général met en place un pacte de santé publique en Seine-Saint-Denis. Avec la création d’une préparation publique au concours de médecine dans le département, un plan exceptionnel de recrutement des médecins de PMI et le soutien aux maisons de santé.

 Classe Prépa Médecine

Le Conseil général mise sur la jeunesse
Pour donner à la Seine-Saint-Denis les médecins qui lui manquent, le Conseil général soutient la création d’une classe préparatoire publique au concours de médecine à l’université Paris 13, à Bobigny. une première pour un Département.

Quand je serai grand, je serai… médecin. Un rêve d’enfant qui prend vite fin lorsqu’on se confronte au très sélectif concours d’entrée de médecine. Chaque année, ils sont près de 80 % à échouer.

Pour aider les jeunes de la Seine-Saint-Denis à réussir ce concours, le Conseil général a décidé de soutenir la création d’une classe préparatoire publique.

L’objectif ? Former les médecins de demain en misant sur sa jeunesse. Le Conseil général a voté à cet effet une subvention de 50 000 euros le 1er décembre 2011 dans le cadre du Pacte de Santé publique.

La faculté de médecine de Bobigny, Paris 13, ouvrira cette classe préparatoire à la rentrée prochaine. Jusqu’à présent, seules de coûteuses préparations privées proposaient d’acquérir les connaissances scientifiques indispensables pour décrocher le fameux Graal.

Désormais la Seine-Saint-Denis se dote d’un tremplin pour ses futurs médecins… et autres professionnels de santé.

Depuis deux ans, la première année d’études de santé est en effet commune à médecine, pharmacie, dentaire et sage-femme, ce qui permet aux étudiants d’éventuelles réorientations.

Paris 13 a même prévu en cas d’échec à ces concours des équivalences permettant de poursuivre en licence (L 2). Cette classe préparatoire pourra aussi préparer au concours d’entrée aux écoles d’infirmières ou à l’école de santé publique de Rennes. « Ce sont près de 500 000 euros en tout qui vont être employés pour aider des étudiants bacheliers à acquérir le prérequis nécessaire à la réussite dans une filière de santé  », annonçait Claude Bartolone, président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis lors des « États généraux de la formation médicale », du 8 décembre dernier à Bobigny.

 Des bourses départementales

Pour attirer les médecins en PMi

Alors que le chômage fait des ravages, il est toujours difficile de recruter des médecins dans le département. Un métier désormais si convoité que le Conseil général a décidé de verser 24 000 euros de bourse aux étudiants en médecine.

La condition ? Travailler dans les PMI du Département pendant quatre ans. Ce mode de recrutement existe aussi pour les auxiliaires de puériculture des crèches départementales (bourse de 11 000 euros pour 10 mois de formation en échange de trois ans de travail pour la collectivité), et pour les puéricultrices des PMI (bourse de 18 000 euros pour 12 mois de formation en échange de trois ans de travail pour la collectivité si l’étudiante a une expérience d’infirmière). Il a développé aussi les contrats emplois formation et notamment l’apprentissage pour recruter en alternance des auxiliaires de puériculture dans les crèches du département.

Pour 2012, le Conseil général consacrera 176 000 euros à ces dispositifs de bourses afin d’attirer les professionnels de santé sur son territoire.

 Plan exceptionnel de recrutement

Recherche professionnels pour une médecine plus humaine

Oui, les déserts médicaux existent à quelques kilomètres de Paris. Avec 8,4 médecins généralistes libéraux pour 10 000 habitants, la Seine-Saint-Denis possède le ratio le plus faible de France. Les médecins territoriaux travaillant pour le Conseil général, notamment en PMI commencent à partir à la retraite. Un plan exceptionnel de recrutement démarre en ce début d’année 2012 pour renforcer les effectifs. En effet, dans les 5 prochaines années, sur les 223 médecins travaillant pour le Conseil général, 40 auront 65 ans ou plus. Si on ajoute à ces chiffres les 20 postes toujours vacants à ce jour, le recrutement de médecins constitue un enjeu majeur pour le Département et son réseau de PMI.

Quelques mesures phares sont au coeur de ce plan exceptionnel de recrutement : la création de bourses départementales en faveur des étudiants en médecine contre l’engagement d’exercer 4 ans pour le Conseil général ; la revalorisation de la rémunération des médecins contractuels et vacataires pour se rapprocher, dans les prochaines années, de la rémunération horaire des centres de santé ; la possibilité pour les médecins retraités du Département qui le souhaiteraient de poursuivre une activité en PMI ; le recrutement d’auxiliaires et de puéricultrices.

Le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone a interpellé le Conseil national de l’Ordre des médecins afin que les médecins non encore thésés, mais titulaires d’une licence de remplacement puissent exercer dans les PMI comme c’est déjà le cas en médecine libérale. L’objectif de ce plan exceptionnel : garder les PMI au sommet de leur forme.

Cartographie de la santé
Où manque-t-il des médecins ?
Pour réduire les inégalités territoriales en matière de santé, le Conseil général met en place en 2012 un outil de grande précision capable de se projeter dans le temps. Ces cartographies interactives réalisées en lien avec la Caisse primaire d’assurance maladie vont aider à mieux cibler les priorités en matière de santé. « Cet outil permettra de connaître les zones où sont installés les professionnels de santé. Ces données pourront être croisées avec les dispositifs de transports en commun existant. Et des projections à 10 ou 20 ans seront réalisées pour pouvoir prendre en compte les départs à la retraite des professionnels de santé  », explique Christophe Debeugny, chef du service de la prévention et de l’action au Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Un outil que le Conseil général veut partager avec les villes.

 La PMI, un réseau unique en france

Le Conseil général emploie aujourd’hui 223 médecins dans ses PMI (centres de Protection Maternelle et Infantile). Des généralistes spécialisés en pédiatrie implantés dans les quartiers qui connaissent les enfants par leur prénom, demandent des nouvelles du grand frère, suivent les bambins jusqu’à 6 ans, les vaccinent et tout cela gratuitement. À Pavillons-sous-Bois, « En 2001, on suivait 531 enfants, en 2010 ils sont 800. Les mères prennent 3-4 rendez-vous à l’avance pour respecter le calendrier vaccinal  », explique la directrice, Patricia Juguet. «  On travaille en équipe pluridisciplinaire, personne ne travaille seul ».

«  En PMI, notre travail est utile, varié et on est très proche des familles  » : Evguenia, docteur en PMI.

« La prise en charge est globale », explique encore Evgénia, docteur à la PMI. Dans ce centre de Pavillons-sous-Bois, une psychomotricienne et une psychologue sont à portée de main pour les enfants. Les grossesses sont suivies soit par une sage-femme qui vient au domicile des femmes enceintes soit par une généraliste spécialisée en gynécologie. « Les docteurs sont très consciencieux. Les premières consultations grossesse durent près d’une heure », ajoute Patricia Juguet. Ce que l’on sait moins, c’est que ces professionnels pratiquent dans les PMI des IVG médicamenteuses, posent des implants contraceptifs, des stérilets, prescrivent la pilule tout aussi gratuitement. Les femmes ont ici la garantie de la confidentialité et plus tard viennent consulter pour leur ménopause. Prise de sang, échographie, glycémie, frottis, le suivi gynécologique et obstétrique est complet. Passez la porte de l’un des 118 centres de PMI et vous y reviendrez ! Un réseau unique en France.

Mathilde, 26 ans, étudiante en médecine, en stage d’internat au Conseil général de la Seine-Saint-Denis
« Je viens d’un endroit assez rural, la Franche-Comté. J’ai fait mes six premières années de médecine à Besançon et c’est mon deuxième stage consécutif dans le 93. J’ai trouvé ici des gens très militants, très engagés dans leur travail. Et justement, c’est la façon dont je conçois mon métier ! Je maintiens que le 93 est un endroit hyper attractif pour l’interne en médecine que je suis. C’est un vrai choix de stage. »




Catherine, docteur généraliste spécialisée en pédiatrie en PMI
«  Ce métier me passionne. J’aime beaucoup cette relation avec ces jeunes mères. Je vois des enfants en bonne santé. Je soigne, je vaccine et je fais également de la prévention. Il y a beaucoup de travail en PMI. J’ai fait ce que j’avais envie de faire, je ne me suis jamais ennuyée. Début 2014, je pars à la retraite. Les bébés vont me manquer quand je vais arrêter. »


« Un service ouvert à tous » La protection maternelle et infantile est une compétence obligatoire du Conseil général. De tout temps, il a souhaité en étendre ses missions de planification familiale : IST, VIH, IVG médicamenteuses, prévention des violences sexuelles, des violences intrafamiliales, des mariages forcés, de l’excision, séances d’éducation pour la santé dans les collèges et les lycées. C’est ce qui en fait un service largement ouvert à tous qu’il faut soutenir et développer. Quand l’offre en médecine libérale reste déficitaire, que l’on veut fermer la maternité des Lilas et réduire le séjour en maternité, que les conditions sanitaires et sociales se dégradent du fait de la crise, il faut rester vigilants et mobilisés. C’est pourquoi aussi le Département vient de lancer un grand plan de recrutement pour toujours mieux répondre aux besoins.
Bally Bagayoko, Vice-président chargé de l’enfance et de la famille.

 Maison de santé au Franc-Moisins

À Place Santé, la relève est assurée
Le Conseil général soutient la création de maisons de santé dans le Département. Place Santé vient d’ouvrir à Saint-Denis et salarie de jeunes médecins libéraux.

Ils ont entre 29 et 35 ans et viennent d’être embauchés en CDI, à mi-temps, pour soigner les habitants du Franc-Moisin. Cinq généralistes recrutés par l’association ACSBE (Association Communautaire Santé Bien-être) qui travaille depuis bientôt 20 ans sur ce quartier de Saint-Denis. Les consultations démarrent à 9 h et se terminent à 19 h. La structure est aussi ouverte le samedi matin. À ces professionnels de santé il faut ajouter cinq médiatrices santé et une musicothérapeute. Un travail collectif et pluridisciplinaire pour préparer en douceur le départ à la retraite de plusieurs médecins sur le secteur Bel- Air-Franc-Moisin. « Dans un cabinet libéral classique, on adresse les patients vers une assistante sociale de la mairie, explique Maxime Catrice, docteur à Place Santé. Ici, on travaille avec les médiatrices santé, ça facilite les consultations ». Dans la salle d’attente aux couleurs qui claquent, tous les profils cohabitent. Des parents inquiets pour leur bébé de 15 jours en profitent pour demander comment attacher leur enfant à leur carte de sécu. Une dame de 65 ans qui ne veut pas de rendez-vous médical (elle tient à garder son médecin traitant) mais pousse la porte, intéressée par les activités proposées par l’association : atelier cuisine, estime de soi, marche à pied, formation aux démarches administratives. Trois adolescents viennent prendre rendez-vous avec le médecin pour obtenir un certificat pour le sport et remplissent au passage leurs poches de préservatifs.

Dans ce centre de santé associatif, comme dans ceux qui ouvriront ces prochaines années en Seine-Saint-Denis, le Conseil général est partie prenante grâce à une subvention de 10 000 euros. La santé est un enjeu majeur pour le Département qui a consacré 53 millions d’euros à cette question dans son budget en 2010. C’est dans ce cadre que l’ACSBE reçoit chaque année 100 000 euros du Conseil général.

Asta, médiatrice santé à Place Santé
« Ça commence toujours ainsi. Une maman entre et demande si elle peut faire une photocopie. Si elle se retrouve sans droits du jour au lendemain, n’a plus les moyens d’aller chez le médecin, elle nous demande de l’aide pour remplir sa demande de CMU. Dans notre atelier « démarches administratives », on montre aux gens comment remplir un dossier CMU, une demande d’aide au logement, une déclaration RSA. Ils sont vraiment contents d’y arriver tout seuls. Ici à Place Santé, les personnes parlent facilement. Si elles n’ont pas pris confiance, elles ne parlent pas. Je me souviens d’une dame transplantée du rein en pleurs parce qu’à l’hôpital Tenon, ils avaient changé son traitement. Elle n’osait pas dire au médecin qu’elle ne comprenait pas pourquoi on lui donnait tellement de médicaments. Je l’ai accompagnée et je lui ai traduit les propos du médecin. Elle m’a serrée contre elle. (ndr : Asta parle le Lingala, le Dioula, le Sarakolé, le Soninke, le Malinke et le Bambara). Tous les jours je me dis qu’en réglant un problème avec les institutions, je diminue le surpoids des soucis des gens. Ce n’est pas d’ordre financier mais cela prend beaucoup de place dans leur vie. En partant, ils me disent merci, je sais que ça signifie beaucoup de choses. C’est un travail certes pas facile, mais j’aimerais continuer à le faire. »

Laurenne, 29 ans, médecin à Place Santé

« J’ai connu le projet de Maison de santé en faisant mon stage d’Internat ici, au Franc-Moisin. J’avais beaucoup aimé travailler dans le quartier. Je suis contente d’être là et de soigner toutes ces personnes. Je les écoute. Ils le sentent et me renvoient beaucoup d’humanité. Ils sont très chaleureux. À ceux qui sont encore dans les clichés et pensent que travailler dans les quartiers, c’est difficile, je leur réponds qu’au contraire ici, ça se passe très bien. »




Le magazine départemental

Toute l’actualité du Département dans votre nouveau numéro avec un dossier sur 100 ans de logement social

En savoir plus