588 assistants familiaux travaillent en Seine-Saint-Denis. Zoom sur un métier difficile mais passionnant.
C’est la loi. Le Conseil général doit protéger tous les enfants présents sur
son territoire. Pour venir en aide à l’enfant en danger, le Département
exerce cette compétence, via l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Un enfant qui
se trouve en réel danger ou qui court un danger susceptible de compromettre son développement peut être accueilli hors de sa famille d’origine. Sur décision du juge des enfants ou sur décision du Conseil
général, à la demande des parents, l’enfant peut aller vivre chez un membre
de son entourage, dans une structure collective ou dans une famille d’accueil.
L’assistant familial accueille chez lui des
jeunes de moins de 21 ans. « C’est un métier dans l’humain, où l’on est utile, très gratifiant lorsque l’on voit les progrès de l’enfant », estime
Frédérique Willette, chef de bureau de l’accueil familial au Conseil général.
Un métier difficile aussi, pourtant longtemps dévalorisé, qui engage toute
la famille. « L’objectif, étant que ces enfants retournent dans leur famille, » poursuit Frédérique Willette. Et le jeune sera confié à l’assistant familial tout le temps nécessaire à son évolution et à celle de ses parents. Autrefois assistants maternels, ils sont désormais assistants familiaux.
« C’est un métier dans
l’humain, où l’on est
utile, très gratifiant
lorsque l’on voit les
progrès de l’enfant. »
Une reconnaissance de la spécificité de la profession qui s’accompagne par une formation obligatoire de 300 heures, sésame indispensable à l’obtention de l’agrément. Un diplôme d’État existe également. Aujourd’hui, en Seine-
Saint-Denis, 588 assistants familiaux accueillent près de 1 370 enfants.
« La cuisine, c’est notre confessionnal ! »
Depuis 27 ans, Zaïneb Bouallak, assistante familiale, accueille les enfants dans sa maison de Montreuil. « Je travaillais à la PMI et on m’a parlé de la possibilité de devenir ce qu’on appelait alors assistante maternelle. J’avais deux enfants en bas âge.
Je savais qu’il s’agissait d’un métier difficile, j’ai voulu relever le défi. » C’était il y a 27 ans. Zaïneb Bouallak n’a jamais regretté son choix. Dans un album, figurent les photos de tous les enfants qui ont séjourné chez elle, parfois quelques mois, souvent plusieurs années. Il y a Delphine, Claire,
Frédéric, Nella… Certains sont mariés, ont des enfants. Aucun n’a coupé le contact.
« Bien sûr, au début, on se pose beaucoup de questions. Surtout qu’à l’époque, il n’existait pas de formation. Heureusement, l’éducateur était là pour nous aider. »
Dans sa maison montreuilloise, Zaïneb s’efforce d’ apporter un cadre affectif,
une stabilité à ces enfants déjà fragilisés par la vie. Tout respire en elle douceur et générosité. L’accueil, elle sait y faire, les mômes elle connaît. « Je suis l’aînée de dix enfants, alors… », dit-elle en riant.
Zaïneb a trois enfants. Ils ont toujours grandi avec d’autres, sans souci. « Au contraire, cela leur a beaucoup apporté. Mon fils a été éducateur sportif, ma fille voudrait faire le même métier que moi. » Car assistante familiale, c’est avant tout une histoire de famille. « Mon mari est à mes côtés. Il aime
bricoler, jardiner avec les ados. » Ensemble, ils se partagent les tâches : s’occuper des devoirs, les conduire au sport, participer aux réunions de l’école… Trois enfants vivent aujourd’hui ici. L’aîné, de 18 ans, est arrivé à
l’âge de 3 ans. Il vient de signer un contrat de jeune majeur pour rester. « On les aime comme nos enfants. Mais ma plus grande fierté, c’est quand ils retournent chez leurs parents, bien dans leur peau. »
De mauvais souvenirs ? Zaïneb a beau chercher, mais non. Même avec autant
d’années d’expérience, elle est la première inscrite aux formations proposées par le Conseil général. « On croit tout savoir, mais il y a toujours quelque chose à apprendre. Et puis, les groupes d’analyse des pratiques professionnelles où chacun témoigne font que l’on se sent mieux armé
dans son travail. » Aujourd’hui, Zaïneb se dit davantage dans le dialogue. « En famille, nous discutons de tout, sans tabou. La cuisine, c’est un vrai confessionnal ! »
« En Seine-Saint-Denis, nous avons souhaité donner aux assistants familiaux les moyens d’exercer dans de bonnes conditions les missions essentielles qui leur incombent, en poursuivant un double objectif : garantir à chaque enfant un accueil de qualité, tout en valorisant une profession qui a longtemps souffert d’un déficit de reconnaissance. Le renforcement de nos dispositifs de formation donnant accès au tout récent diplôme d’État d’assistant familial et la revalorisation de leur statut, y ont directement concouru. Pour répondre au défi posé par l’explosion des besoins d’accueil des enfants en difficulté, nous entendons continuer de nous appuyer pleinement sur le savoir-faire et les compétences des assistants familiaux. C’est le sens notamment de la vaste campagne de recrutement que nous engageons et qui devrait nous permettre d’accueillir une centaine de professionnels supplémentaires. »
Conseil général de la
Seine-Saint-Denis
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